Entre mer et montagne, dans la fameuse Baie des Anges et à une trentaine de kilomètres du fameux FIJ.
Ce Festival International du Jeu de Cannes qui rythme nos années ludiques fait grandement partie de la vie de JSST Jeux.
Et tout de suite, place aux questions !
JS : C’est à la fac de Grenoble, pendant mes études de chimie, que j’ai commencé à jouer grâce à un ami. J’ai acheté mon premier jeu aux Contrées du Jeu : Cash’n Guns. On jouait surtout à des jeux de kubenbois comme Tikal ou Caylus.
Après un Master 2 de chimie, j’ai brièvement travaillé dans ce domaine avant de devenir ludicaire chez Ludocortex à Annecy, où j’animais déjà des jeux au Festival de Cannes (As d’Or).
À la suite d’une opportunité liée à ce festival, un projet de reprise de boutique sous franchise Ludocortex a émergé à Nice. Finalement, nous avons ouvert la nôtre : JSST JEUX (JS pour moi, ST pour Stéphanie, ma compagne et co-gérante), Qui se traduit également par Jeux Super Sympas pour Tous !
Steph a été moteur dans ce changement de vie grâce à ses attaches à Antibes.
Steph : J’ai découvert le jeu de société moderne à Annecy où j’ai aussi rencontré JS, parallèlement à ma carrière administrative. Notre projet s’est imposé naturellement, avec l’appui des organismes financiers.
JS : Transformer la boutique précédente, l’Entre Jeu, (majoritairement dédiée aux figurines) nous a pris deux mois et demi de travaux. Stéphanie et moi avons tout transformé pour nous concentrer sur le jeu de société et le jeu de rôle, notre spécialité.
Steph : Je me souviens la veille de l’ouverture, des deux personnes qui ont passé la tête et ont eu droit à une petite visite privée. Il s’agissait de deux représentants des deux grosses associations locales. Il faut croire que ce qu’ils ont vu leur a plu. Au point d’être des amis maintenant.
JS : Au début, 10 à 12 clients suffisaient pour nous sentir sur la voie du succès. Rapidement, la fréquentation a augmenté, surtout grâce aux rôlistes d’une grande association locale, qui ont beaucoup soutenu les débuts avec leurs achats, souvent importants :
« Je vais acheter une collection »
« Ok, ça fait 15 tomes »
« Oui, oui, je sais »
Il y avait aussi des clients pour les jeux enfants mais les jeux experts se vendaient très peu : Les gens venaient voir les jeux experts, se renseignaient mais n’achetaient pas car ils n’avaient personne avec qui jouer (l’absence d’associations, de médiathèques ou de bars à jeux à Nice limitait les occasions de jouer).
JS : Très vite, on a lancé des soirées jeux chaque vendredi pour rassembler les joueurs. Résultat : les ventes de jeux experts ont augmenté, car les participants achètent ce qu’ils découvrent.
Même si, depuis le Covid, le rythme est passé à un vendredi sur deux,le noyau dur des participants est resté quasiment inchangé depuis près de 15 ans.
Pour donner un ordre d’idée, à l’ouverture, notre rayon deux joueurs ne comptait que six références : Mr Jack, Jaipur, Schotten Totten, Onirim, Kahmaté, et Les Princes de Catane (et Quarto à part, en jeux en bois).
Le mur de jeux enfants était … de ce fameux jaune Haba.
Aujourd’hui, nous avons environ cinq à six fois plus de stock. En revanche, le rayon jeux de rôle n’a pas changé : toujours cinq étagères, simplement plus remplies grâce aux nombreuses sorties.
JS : Comme dans toute boutique, il y a des habitués : certains viennent le matin en faisant leurs courses, d’autres passent prendre un café ou jouer, discuter.
Quand on a ouvert, des ados de 14–15 ans venaient jouer à Yu-Gi-Oh! ; il fallait leur rappeler les règles de vie. Dix ans plus tard, ils reviennent mariés, avec leurs enfants….
…. (ndlr : ils sont bien élevés et ne mangent plus de chips dans la boutique)
Ça fait quelque chose de voir les générations défiler : on forme aussi les joueurs de demain.
Steph : Avouons qu’on est happé par tant de choses lorsque l’on entre dans une boutique de jeux. Notre gros vaisseau, à l’entrée du magasin, nombreux sont les visiteurs qui ne le voient même pas. En revanche nous avons des habitués, des connaisseurs, des fidèles tel ce monsieur qui suit tous nos post Facebook et y répond parfois par des poèmes, des caricatures. Nous voulions une boutique où tout le monde se sentirait à l’aise … en respectant les règles bien sûr. Et je crois qu’aujourd’hui … nous y sommes.
JS : Tout a commencé 6 mois après l’ouverture avec un petit stand de 9 à 12 m². On avait emporté nos propres vitrines en verre — une idée compliquée, surtout en ayant comme véhicule une 206 ! Une bonne leçon.
Aujourd’hui, notre stand à Cannes fait 40 m² : plus de jeux et de circulation. À l’époque, on était 7 ou 8 boutiques et les éditeurs ne vendaient pas. Désormais, il ne reste que 2 ou 3 boutiques.
JS : Maintenant, on fait aussi de la représentation pour des fournisseurs et on gère leur espace de vente, etc. Avoir son stand est de moins en moins rentable. Mais cela a vraiment permis de nous faire connaître.
JS : Sans compter Cannes, nous participons à cinq autres festivals dans l’année, parfois simultanés, ce qui nous occupe bien. Parmi eux, le festival de Clans, un petit village de la vallée de la Tinée à 45 minutes de Nice, en est à sa 13e édition. Nous étions présents dès sa création, et c’est intéressant d’en voir l’évolution, même sans être directement organisateurs. Porté par deux associations locales, il investit la salle des fêtes et tout le village, attirant aussi les habitants des environs. On y trouve même des expositions d’artistes.
JS : L’activité a rapidement décollé, notamment grâce à l’absence de concurrence en nouveautés dans la ville. À l’ouverture, nous étions deux, puis une première embauche est arrivée après environ 5 ans. Aujourd’hui, l’équipe compte 5 personnes.
Chacun a sa spécialité : Stéphanie sur les jeux enfants, moi sur les jeux experts, et les autres sur des domaines comme le coop, le jeu de rôle ou les enquêtes.
Steph : Un clin d’œil à Fanny, créatrice de Wino notre mascotte.Je gère surtout l’administratif par ma formation, JS s’occupe des réseaux, mais nous restons polyvalents pour les présentations de jeux. Jean-Seb prend en charge les achats. Il explique mieux les nouveautés en boutique, tandis que je me concentre sur les attentes des gens, un atout chez JSST Jeux.
JS : Le samedi, c’est tournoi toute la journée dans notre salle qui peut accueillir jusqu’à 54 personnes. Cela permet de faire des tournois d’à peu près tous les jeux de cartes existants. Mais c’est un joli Tetris pour faire le planning.
La boutique a des communautés dans presque chaque jeu de cartes à collectionner.
JS : Les soirées jeux nous permettent de tester des nouveautés et de donner un avis pertinent. On joue aussi parfois au magasin. Mes jeux marquants, comme Caylus et Tikal, restent dans mon top pour la nostalgie. Chez moi, je ne possède que des jeux Ystari et Alea (je suis assez fan de Stefan Feld).
Steph : Quand je pars, Jean-Seb en profite pour remplir son agenda de soirées jeux. Pour jouer ensemble, on préfère les petits jeux. Notre dernier essai était Orapa Mine, pas si facile ! Chez les amis, on fait de belles parties, mais Jean-Seb s’occupe des gros jeux stratégiques.
JS : Je penserais tout de suite à Cozy Stickerville. On a fait une partie sur deux jours : début le dimanche à 17h, pause rapide à 21h, puis fin à 1h du matin, et le deuxième plateau le week-end suivant. Le jeu propose une immersion originale où tu racontes ta propre histoire.
Côté gros jeux, j’ai beaucoup joué à Civolution qui présente finalement des tours assez simples. En début d’année, Amarok a aussi été un coup de cœur : très apprécié par l’équipe, souvent joué, conseillé et vendu.
Steph : J’aime quand les jeux amènent quelque chose de différent. A l’époque Castle of Mad King Ludwig, Kingsburg ou Descendance. Dans les jeux un peu plus complexes je vais aimer un Terraforming Mars ou un Puerto Rico. En parallèle j’apprécie que les jeux soient faciles à mettre en place tels Les Aventuriers du Rail, Kingdomino et Harmonies bien sûr. Ou dernièrement Galileo Galilei ou Kingdom Crossing.
JS : Oui, clairement, le secteur a évolué, notamment dans nos habitudes de ludicaire. Avant, on prenait une douzaine d’exemplaires d’un jeu avec plusieurs mois devant nous pour le vendre. Aujourd’hui, on en prend 3 à 6 et on n’a qu’une à deux semaines avant qu’un nouveau titre prenne sa place.
Il y a donc à la fois du positif et du négatif : plus de jeux, mais aussi une qualité nettement supérieure, sans bugs comme auparavant. Le graphisme et le matériel se sont aussi améliorés.
Autrefois, Essen était incontournable pour découvrir et ramener des nouveautés en avant-première, parfois disponibles en France seulement des mois plus tard. Aujourd’hui, la dynamique s’est inversée : les jeux sortent souvent d’abord en France et les salons comme Cannes et Vichy suffisent à suivre les nouveautés.
Steph : Au début, peu de Niçois connaissaient le Festival des Jeux de Cannes, mais cela a changé, en partie grâce au Covid. Aujourd’hui, il y a tellement de jeux qu’il n’est plus possible de tout avoir en boutique ; certains sont faits sur commande. Les jeux de cartes à collectionner prennent de l’ampleur, tandis que le jeu de société reste stable. Aujourd’hui nous devons composer avec certains défis comme le non-respect des dates de sortie ou la concurrence des prix dans la grande distribution. Il est donc essentiel d’offrir des conseils pertinents et d’orienter nos clients vers les jeux qui leur conviennent.
JS : Je dirais plutôt deux souhaits.
Le premier, encore à l’état d’idée, est de trouver une grande salle à Nice pour organiser des soirées jeux via une association. Aujourd’hui, le magasin est limité à 50 places (dont environ 15 pour les tournois TCG), ce qui est insuffisant, sans même faire de communication. L’objectif serait d’avoir un espace une fois par semaine pour accueillir plus de joueurs et ainsi faire grandir l’intérêt pour les jeux .
Le second projet est d’améliorer notre rythme de vie ainsi que celui de nos employés. Depuis cette année, nous sommes passés à la semaine de 4 jours, tout en gardant le magasin ouvert 5 jours. Un vrai changement par rapport aux débuts très exigeants.
Steph : Bien sûr dans le choix de nos employés, nous avons toujours dans nos pensées, la succession, … mais dans de nombreuses années … En attendant, ce projet de salle est une belle idée, qui nous ouvrira de nouvelles perspectives.
JS : J’ai rejoint le GBL à ses débuts, au Festival des jeux de Cannes, après que Cathy Suignard et Patrice Pillet m’ont présenté l’association. J’ai tout de suite adhéré, voyant l’intérêt d’échanger sur nos problématiques.
Aujourd’hui, c’est encore plus crucial face à l’évolution du marché : le dialogue avec éditeurs et distributeurs est essentiel pour faire vivre les boutiques ludiques indépendantes.
Steph : Faire partie d’un groupement c’est se faire entendre. C’est une image qui est véhiculée notamment via la Sélection des Ludicaires qui met en avant la position des boutiques. C’est JS qui s’investit dans le Groupement et moi … je garde la boutique comme on dit.